AKTUELL

Oktober 2001
Jean-Michel Veillons "offener Brief" zur Begründung seiner Ablehnung des Prix "Produit en Bretagne"

Der bretonische Musiker Jean-Michel VEILLON (Kornog, Barzaz, Pennoù Skoulm, Duo Veillon-Riou) hat im August die Annahme des "Grand Prix du Disque" für das letzte gemeinsame mit dem Gitarristen Yvon Riou aufgenommen Album "BEO!" (live aufgenommen in Belfast) abgelehnt und damit bereits viel Staub aufgewirbelt.
Wir halten die Argumentation von Jean-Michel Veillon für wichtig und interessant und veröffentlichen auf www.breizh.de deshalb sowohl ein aktuelles Interview mit dem Musiker (von Dominique Le Guichaoua, die französische Originalversion wird in der November/Dezember-Ausgabe des französischen TRAD Magazine
N 80 veröffentlicht werden) wie auch seinen nachstehenden "offenen Brief" in dieser Sache.
Mehr über Jean-Michel VEILLON und seine aktuellen musikalischen Projekte auch in einem Interview vom Mai 2001.

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Préambule:

Jean-Michel Veillon Le courrier qui suit était destiné à être lu lors de la remise des prix "Produit en Bretagne" le mercredi 8 août dernier à Lorient. J'y explique pourquoi je refuse à titre personnel le prix qui a été décerné au Duo Veillon-Riou pour le disque "BEO!" (An Nar Produksion).

Logo 'Produit en Bretagne' Ce refus peut paraître étrange au premier abord, puisque le disque "BEO!" avait été présenté comme candidat au prix "Produit en Bretagne". L'explication est tout simplement que j'ignorais cette candidature, suite à un malentendu entre les membres de la maison de disques An Nar Produksion et le Duo Veillon-Riou.
Dans ces conditions, et étant donné mon absence à la remise des prix, il m'était difficile d'imposer aux membres de An Nar Produksion une lecture publique de ce courrier. Une telle situation aurait été inconfortable pour eux et injuste à leur égard, car un malentendu n'est jamais la faute d'une seule partie.
Pour autant, mon refus d'assumer ce prix et les arguments qui le justifient n'ont pas à rester dissimulés. Même en supposant qu'une discussion préalable entre An Nar Produksion et le Duo Veillon-Riou ait annulé la candidature du cd "BEO!", le contenu de cette discussion et la nature du problème posé n'en perdraient en rien leur importance.
C'est pourquoi je choisis aujourd'hui d'envoyer à plusieurs journalistes le point de vue qui suit, laissé tel qu'il a été écrit au début du mois d'août, quelques jours avant mon départ en tournée à l'étranger (Belgique puis Grèce). J'ajoute - et j'insiste sur le fait - que je souhaite ici susciter un débat plutôt que déclencher une polémique, même si la colère envahit certaines des lignes qui suivent. Le débat d'opinions est possible en Bretagne, et je pense que nous souhaitons tous qu'il le reste, quel qu'en soit le sujet.

Produit quelque part en Bretagne

Veuillez m'excuser de ne pouvoir être parmi vous ce soir, mais au moment où vous écoutez la lecture de ce petit communiqué, je suis en train de rentrer d'un concert à l'étranger.

Malgré tout le respect que je porte à la plupart des personnes qui constituent le jury de Produit en Bretagne, et malgré la joie sincère que je ressens à constater la réussite objective de la courageuse équipe d'An Nar Produksion ici encore nominée pour deux productions (BUGEL KOAR et BEO!), je préfère refuser d'accepter le Prix Produit en Bretagne.
Bien entendu, le fait que l'intitulé "Duo" m'associe évidemment à mon ami et collègue Yvon Riou (absent ce soir pour raisons strictement personnelles) ne signifie pas qu'il partage entièrement mon point de vue. Simplement je préfère que mon refus personnel soit connu et compris. J'aimerais donc résumer ici les raisons d'une telle décision.

Je ne suis pas un nouveau venu dans le monde de la musique bretonne ou de la musique en général. Et ce que j'ai pu observer ces dernières années ne déclenche pas chez moi l'enthousiasme béat qui submerge plusieurs artistes et journalistes régionaux sur le thème:
la culture Bretonne rencontre enfin l'Economie (avec un E majuscule)...
Parlons-en: de quelle culture s'agit-il? Et surtout, de quel type d'économie? Ne serait-ce pas précisément le type d'économie qui affame les trois quarts de la planète?

Quoi qu'il en soit, nous avons pu assister toutes ces dernières années à la soudaine ruée de plusieurs chefs d'entreprises locales sur tout ce qui peut contribuer à leur conférer une image "bretonne", et plus largement sur tout ce qui peut les faire passer pour de fervents défenseurs des cultures régionales.
Tout symbole celtique, tout faire-valoir un rien armoricain, tout soupon de culture du terroir, tout cur peint en gwenn ha du, tout est bon pour qu'ils viennent réclamer leur part ou leurs dividendes d'un combat culturel qu'ils n'ont jamais mené, puisque ce combat a précisément été mené par d'autres gens, bénévoles ou non, militants ou non, bien plus humbles, beaucoup moins tapageurs, infiniment moins voraces, des gens en somme peu soucieux de profit commercial.
Je pense que cette gloutonnerie obscène, et cette voracité sans limites devraient tous nous questionner. Où étaient les chefs d'entreprises à certains moments critiques du combat culturel et linguistique Breton depuis les années 50? Pourquoi la Bretagne deviendrait-elle leur argument de vente ? Pourquoi cette soudaine passion? Pourquoi maintenant? Et pourquoi ce phénomène apparaît-il d'ailleurs bien au-delà des limites de la Bretagne (en Italie par exemple)?

Pour ma part, je n'y entrevois rien de rassurant quant à l'avenir des cultures régionales et de la culture en général. De fréquentes tournées à l'étranger m'enseignent mille exemples qui montrent que la culture ne peut pas et ne doit pas être au service du marché.

Revenons au CD "BEO!": ce disque a été presque entièrement enregistré en public à Belfast, avec l'aide précieuse de plusieurs amis d'Irlande du Nord. On pourrait donc faire remarquer qu'il n'est que partiellement "Produit en Bretagne" et qu'une telle appellation est quelque part un peu courte. Mais il n'y a là rien d'étonnant car les enragés du marketing se moquent du sens réel des appellations qu'ils créent; les enragés du marketing veulent de la rapidité, des logos frappants, une médiatisation tapageuse et une rentabilité immédiate.
Or c'est précisément ce à quoi je suis radicalement opposé. Même la musique qui prend naissance dans mes rêves et mes projets s'y oppose. La conception même de "BEO!", de la première note de musique au dernier élément graphique de la pochette, s'oppose à cette manie du logo et de la récompense commerciale. A la vie et aux règles que les lois du marché nous imposent à tous quotidiennement, je réponds par une musique que je souhaite opposée et contestataire. Et voilà que les représentants des lois du marché prétendent récompenser cette attitude! Je refuse cette confusion, ce malentendu et cette absurdité.

Messieurs les membres du comité Produit en Bretagne, je ne souhaite nullement polémiquer d'avantage et j'admets bien volontiers que le marché est nécessaire. Je comprends bien que les nécessités du marché doivent présider à toute diffusion et à toute circulation des produits.
Mais produit de consommation courante et production artistique ne sont pas la même chose.
Un imperméable ou une livre de beurre ne véhiculent pas la même chose qu'un livre ou un disque. Et cette remarque m'amène à constater que, vous et moi, nous n'avons pas grand chose en commun. Certainement pas la Bretagne en tout cas, ni aucune conception de production, ni même le sens des mots. Quand je vois vos logos sur les boîtes de sardines, les caisses de tomates, les vêtements de marque, les bouteilles ou les pubs de supermarchés, cela ne me gêne pas particulièrement (d'autant que j'évite plusieurs de ces produits, par goût personnel).
Mais très honnêtement, je préférerais ne pas voir ces logos sur la pochette de "BEO!", où il y en a déjà suffisamment. Je ne sais pas si je suis en position de refuser quoi que ce soit, mais si Produit en Bretagne tient à récompenser quelqu'un, je suggère que ces récompenses restent réservées aux entreprises et à leurs produits. En aucun cas ces prix ne devraient concerner les productions artistiques. Je sais que de nombreux artistes et producteurs artistiques pensent ainsi.

En conclusion, je veux ici rendre un hommage appuyé à An Nar Produksion dont l'équipe courageuse et confiante mérite bien plus que tous les logos du monde.
Je vous remercie de votre attention et je vous souhaite une bonne soirée à tous et à toutes, que vous partagiez secrètement mon opinion ou pas.

Jean-Michel VEILLON (musicien)

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