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I Muvrini: A Strada
I MUVRINI,
eine Biographie
I MUVRINI

www.muvrini.com







"I Muvrini donnent de la voix"

Le groupe polyphonique corse I MUVRINI a franchi un cap supplémentaire sur le chemin de la reconnaissance. Un chemin long ouvert il y a 20 ans et qui n'en finit pas de s'élargir. Entretien avec Jean-François Bernardini.

"I Muvrini", en corse, ce sont "Les Mouflons". Pourquoi avoir choisi cette appellation ?

Jean François Bernardi: Le mouflon est une espèce "endémique" en Corse. C'est bien sûr un animal sauvage qui vit dans les hautes montagnes chez nous, mais c'est aussi un symbole de paix et de liberté par ailleurs très présent dans toute "l'oraliture" corse. Il y a donc là une thématique identitaire très forte. Et puis, quand on a la chance de le voir vivre de près, on se dit que c'est un animal merveilleux. Il a été en voie de disparition à une époque, mais il est en progression aujourd'hui...
Alors c'est vrai que lorsqu'on a choisi le nom il y a quinze ans, on n'avait pas toutes ces explications: c'était plus intuitif qu'autre chose. Mais bon, on se dit que c'est un choix qui n'a cessé de s'enrichir par la suite. Et aujourd'hui, on le trouve à la fois beau et opportun. Le mouflon, c'est vraiment l'animal symbole de la Corse.

Vous avez déclaré quelque part n'être ni "des artistes d'état", ni "des propagandistes sous tutelle". Où vous situez-vous au fond ?

J.F.B.: Notre ligne d'horizon, c'est la liberté. Et il n'y en a pas d'autre. La création artistique, on ne peut l'imaginer que dans cette perspective là. Y compris dans un contexte qui pose souvent problème et où la création est quand même une prise de parole. Il faut savoir qu'on vient de loin quoi ! Du mépris identitaire, d'un silence organisé... Notre prise de parole a donc été "engagée" au sens large du terme et en tout cas "concernée". Il est clair que nous devions trouver notre chemin dans ce paysage là. Or ce chemin, il n'était pas dans un consentement à des choses... qu'on avait envie de contester ! Ne serait-ce que le contexte culturicide très prononcé alors en cours sur l'île. Il n'y avait vraiment pas d'espace, aucune structure et aucune perspective.

I Muvrini, Photo: Peter Rieger Konzertagentur GmbH & Co. KG
C'était la folklorisation institutionnalisée. Tout ça, ce sont des termes qui, à force d'inférioriser, vous amènent à ressentir une forme d'indignité culturelle. Or, les gens de ce pays se sont trouvés dans centre situation ! Quand on en arrive à ignorer son histoire, sa langue, sa mémoire, et à avoir quasiment honte de ce que l'on est, c'est bien de cela qu'il s'agit. Ce contexte là, nous l'avons vécu lorsque nous étions lycéens, mais il nous a incité justement à trouver la voie.
La voie, c'était se méfier non seulement du système à l'origine de cette situation, mais aussi de ceux qui dans le réveil politique des années 75-80, nous auraient bien vu devenir les artistes propagandistes de leur mouvement. Cet écueil là, nous l'avons franchi en restant fermes sur notre volonté et notre désir de demeurer ce que nous étions. Et s'il est clair que nous nous sommes engagés sur nombre de problèmes parce qu'ils nous concernaient, nous n'avons jamais donné de consignes de vote ni prétendu détenir la solution. C'est pourquoi notre "victoire" essentielle chanter aujourd'hui pour toute une communauté et non pas pour une frange de l'opinion, n'en a que plus de valeur.

Depuis que I Muvrini existe, il y a eu une quinzaine d'albums, des concerts et des tournées à la pelle, mais aussi la création d'un label et la participation à des écoles de chant en Corse. Où trouvez l'énergie nécessaire à cette hyperactivité ?

J.F.B.: Je crois que si la Corse n'avait pas connu la situation que l'on sait depuis des années, avec le retard, avec tout ce qu'il y a à faire et tout ce qui est engageant pour l'homme et le créateur, jamais nous n'aurions eu cette force là. Je crois que la force du système immunitaire est proportionnelle à celle de l'agression en fait !
C'est dans cette douleur, dans ce déficit d'identité et d'image, dans le contexte turbulent que la Corse a traversé et dons les questions fondamentales qu'elle pose - qui ne lui sont d'ailleurs pas propres à mon sens, mais qui sont presque mondiales aujourd'hui: je pense au problème de l'homme, de l'attachement, de l'appartenance, du vécu de la différence dans l'égalité, etc- que nous avons puisé pour avancer.

Eu égard à la Corse, le débat s'est trop longtemps focalisé sur les faits sociétaux, la violence, etc. Or, à ne parler que de cela, on occulte les raisons qui déterminent le pourquoi de la situation. Je crois que le témoignage artistique et culturel corse porte aujourd'hui vers une issue qui est celle du dialogue et de l'ouverture.
J'évoquais notre principale "victoire" à l'instant. C'est certes de chanter pour tout le monde et de franchir des écueils difficiles, mais c'est aussi de le faire seulement avec l'arme du "talent" - si l'on en a un peu - du travail et de la persévérance. C'est de dire "notre communauté est comme elle est". On sait que les chansons ne changeront pas le monde.

Mais quelquefois, elles changent le regard des uns sur les autres et sur le monde Vous savez, au moment de la période des "interdits" il y a quelques années, Bercy et tout ce que l'on fait aujourd'hui relevaient de l'utopie. Je crois simplement que notre démarche montre que l'impossible est quelquefois possible...

Quelle quête poursuit I Muvrini à travers la musique ?

J F.B.: La musique, vous Savez, c'est une belle compagne pour les hommes et pour les peuples. De tout temps, les hommes ont chanté et joué. Combien la musique a pu être un exutoire, l'espace des peines, des rêves et des joies, celui de la socialisation, de l'ouverture et de la communication... Mais je crois qu'elle est plus qu'utile: elle est indispensable.
A travers elle, nous tissons des passerelles, des réseaux entre la Corse et le monde. C'est un besoin énorme et une façon de porter le témoignage ailleurs et partout. Elle est peut-être le meilleur des véhicules d'ailleurs. Je veux dire qu'on n'existe que quand on est reconnu et aimé par les autres. Et qu'est-ce qui fait qu'on est aimé et reconnu si ce n'est l'art et la création ? Qui est-ce qui a raconté la France et l'Italie au monde entier si ce ne sont leurs cinéastes, leurs poètes, leurs architectes, leurs peintres etc ?

Quand on est en situation de culture minorée comme la nôtre, on se rend compte de l'ampleur du déficit. Mais comment voulez qu'on nous connaisse puis qu'on ne connaît rien de notre cinéma, de notre littérature, de notre poésie et presque rien de notre musique.
Nous, nous avons envie de combler cet énorme vide en donnant de ce que nous avons et en recevant des autres. Partir, aller vers les autres, ça me semble essentiel quoi ... Et la musique permet cela: elle est le lien.
(Interview: Jérôme Lecier 2001, mit freundlicher Genehmigung von Peter Rieger Konzertagentur)
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